Nero d’avorio

September 10, 2014

On a de l’expression longtemps avant de l’exécution et du dessin.

Diderot. Salon de 1767

 

En sortant de Termini, l’allégresse m’a saisit d’être de nouveau à Rome. À la façade du Palazzo Massimo, surplombant la foule affairée, pendait l’immense photo d’un hercule de bronze. Au dessus de la tête de ce colosse était écrit Ha sfidato anche il tempo, il a défié aussi le temps.

C’était l’une de ces journées où la nostalgie elle-même vous sourit. Au restaurant Pommidoro le patron m’a accueilli avec  l’amabilité distraite qu’on sert aux habitués. Pizzi était déjà arrivé. Il m’a régalé d’une accolade et à nous avons évoqué, comme nous le faisons ces derniers temps,  notre première rencontre il y a 25 ans. Après déjeuner nous sommes partis vers l’atelier, le petit, celui qui est tout près, et j’ai retrouvé, avec le sentiment de ne les avoir jamais quittés, l’odeur et le chantier de l’atelier, les hauts plafonds et la grande table dans un coin.

Pizzi avait préparé une série de tableaux sur panneau de bois, du même format 140 par 100, quinze tableaux d’un noir retenu,  ni brillant ni terne, d’un noir profond et sans repentir, d’un noir souverain sur un fond légèrement ocre ou parfois bleuté, le noir Pizzi Cannella.

Je me suis arrêté devant chaque tableau, j’ai pris mon temps. Je me suis laissé pénétrer de leur présence, envahir par leur charme. Ils étaient encore frais de peinture. J’étais surpris, une nouvelle fois, par l’intensité de leur représentation, par leur vérité et le sentiment de solitude que cette vérité renfermait, et en même temps je les reconnaissais, d’une certaine façon je les avais toujours vus. Tel est le propre des tableaux réussis que de donner l’impression d’avoir toujours existés. Je reconnaissais les formes que la matière sensuelle imprimait sur la toile, le vide qu’elle laissait –la même charge émotionnelle dans la réserve de l’image que dans l’image elle-même-  et je reconnaissais la fausse nonchalance de leurs traits.

J’ai dis à Pizzi Cannella  «magnifique, vraiment magnifique»  et j’ai ajouté, voulant exprimer dans mon italien de voyageur ce que je ressentais : «le noir c’est difficile» et Pizzi, de la table où il était, m’a répondu: «le blanc aussi!»

Il a ouvert une bouteille de vin pâle d’Orvieto, de ce vin pétillant qui convenait bien à la légèreté de cette belle journée, et nous avons trinqué à l’exposition.

Puis, prenant une feuille de papier, il s’est mis à crayonner la maquette du catalogue de l’exposition.

D’abord, il y avait la question du titre.

«Nero d’avorio…ou Noir d’ivoire?» m’a-t-il demandé.

«Nero d’avorio, c’est plus mystérieux.»

«Mais oui!» a-t-il répondu en français.

Il y avait aussi le texte pour le  catalogue. Il y avait le beau texte de Tabucchi sur Pizzi mais qui avait déjà été publié.

Mais «noir d’ivoire», ai-je demandé, pourquoi  noir «d’ivoire» ?

On a toujours utilisé trois sortes de noir, a expliqué Pizzi,  le noir qui vient de la terre, le noir qui vient du végétal, et le noir qui vient des os…et de l’ivoire, le plus beau des os. «Quand on y pense, faire du noir avec le blanc de l’ivoire…» mais maintenant toutes les couleurs sont industrielles.

David, le nouvel assistant, était arrivé.

«Les peintres aiment les belles couleurs, les couleurs rares, les couleurs bizarres… » a continué Pizzi «le bleu du  lapis-lazuli, qu’il fallait broyer pendant des heures et qu’on mélangeait à l’huile…en Inde, la pisse des vaches sacrées qui, en séchant au soleil, devient poudre dorée …et on les gavait de sucreries parce que l’urine des vaches diabétiques est d’un jaune plus éclatant…et le caput mortuum, ce brun qu’on extrayait des bandelettes des momies au 19ème siècle et que Balthus été l’un des derniers a utilisé.»

Les tableaux, accrochés aux murs, semblaient eux-aussi tendre l’oreille.

Je me faisais, moi, en écoutant Pizzi, la réflexion que ce noir d’ivoire, si semblable en apparence dans sa matière et le rendu des traits, prenait cependant avec chacun des tableaux, chaque image, des nuances différentes, des tonalités propres aux formes que la figuration empruntait.

le noir de la robe de bal qui danse au vent

le noir des yeux posés sur la dentelle de l’éventail,

le noir du vol d’oiseaux comme une pensée qui passe

le noir de la chaise luisant des pluies de la nuit

le noir du pendentif pénétré de l’éclat blanc de sa perle,

le noir des salamandres à clopin-clopant sur le marbre

le noir du lustre dans le vide du grand salon

le noir qui masque le silence des cathédrales

Ces noirs, à première vue identiques, apparaissaient distincts comme l’était la pensée qui chaque fois avait précédé l’image et son rendu.

Chez Pizzi Cannella, le noir n’est pas univoque et ne se contente pas  d’offrir le spectacle de son éclat et de sa beauté, d’organiser sa propre représentation.

Le noir ne s’arrête pas davantage là où on l’attend, à la porte de la mélancolie, aux souvenirs et à l’absence.

Le noir va plus loin, il va jusqu’au calme et à l’acceptation de ce calme.

Puis on a parlé de transport, d’encadrement et de verre sans reflet, de la nouvelle génération de  verres sans reflet, bien plus beaux que le plexi, des imprimeurs et du diner de vernissage.

«On a bien travaillé» a dit Pizzi, qui a demandé à son assistant de nous prendre en photo :

«De loin… qu’on n’ait pas l’air de vieux!»

«Parfaitement, Maestro» a répondu l’assistant.
Tandis que nous prenions la pose Pizzi m’a dit:

« La photo, publie-la  en noir et blanc.

Pour les portraits je préfère le noir et blanc.»

 

Bernard Vidal

Paris, mai 2014

Bernard et Pizzi

Pizzi Cannella

Œuvres récentes

13 septembre – 23 octobre 2014

Catalogue disponible

 

Piero Pizzi Cannella est né en 1955 à Rocca di Papa, Italie. Il vit et travaille à Rome.

Il a commencé à peindre très jeune ;  Il a suivi, à partir de 1975, les cours de peinture d’Alberto Ziveri à l’Academia di Belli Arti de Rome tout en s’inscrivant aux cours de philosophie de l’Université La Sapienza. Sa première exposition personnelle a eu lieu en 1978 à la galerie La Stanza de Rome. En 1982, il a installé son atelier dans l’ancienne usine de pâtes Cerere dans le quartier de San Lorenzo, d’où le nom d’ « Ecole de San Lorenzo » qui a réuni également Bruno Ceccobelli, Gianni Dessi, Giuseppe Gallo, Nunzio et Marco Tirelli.

Suivirent, dès cette date, une centaine d’expositions en galeries tant à Rome (et principalement à la galerie L’Attico) qu’à New York (à la galerie Annina Nosei), à Berlin, Bâle, Milan, Sienne et Florence, Vérone, Singapour.

La galerie Vidal-Saint Phalle l’expose depuis 1990 à Paris. Cette exposition personnelle est la huitième à la galerie.

Dans le même temps, musées et espaces publics ont consacré à Pizzi Cannella des expositions personnelles :

principalement, le Museo Civico di Gibellina (1991), la Spedale Santa Maria della Scala de Sienne (1997), le Museo Archelogico Regionale d’Aoste (2001), le Centro Internazionale d’Arte Contemporanea de Genazzano (2003), le Teatro India de Rome (2004), le Museo d’Arte Contemporanea de Rome (2006-2007), l’Hôtel des Arts de Toulon (2004), la Scuderie Reale Le Pagliere du Palais Pitti, Florence (2010), le Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne (2011), la Galleria d’Arte Moderna d’Udine (2011), le Museo Internazionale delle Ceramiche (2013).

Enfin, les œuvres de Pizzi Cannella sont présentes dans de nombreuses collections publiques et notamment à la Galleria d’Arte Moderna de Bologne, à San Giorgio in Poggiale à Bologne, au Palazzo Reale de Milan, au Macro de Rome, à la Galleria d’arte Moderna de Turin, au Musée d’Art Contemporain de Pékin, au Museo Mumok de Vienne, au Musée d’Art Moderne de Saint Etienne, à l’Hôtel des Arts de Toulon.

Le critique italien Achille Bonito Oliva défend depuis de très nombreuses années le travail de Pizzi Cannella.

Voilà notamment ce qu’il écrit   (2004) :

« Dans un nomadisme qui fait partie de sa nature, et libéré de tout dogme créatif, Pizzi Cannella aborde la peinture avec un sens de la nécessité et un plaisir de sa pratique…La peinture pour Pizzi Cannella est le fruit d’un processus de permanente contamination d’une image à l’autre ; celle-ci est maculée, esquissée ou parachevée, submergée par un réseau de signes rapides, par des attaques et des intrusions. Vitesse et décélération sont les tempos de l’exécution et de la perception. Vitesse, car la main du peintre se meut librement autour des obligations de la ressemblance. Décélération quand il s’agit de revenir avec la main  sur les contours de l’image, de modifier sa construction ou d’en prolonger les limites. »

L’exposition « Nero d’Avorio » (« Noir d’Ivoire »)  réunit essentiellement 14 tableaux, du même format 140 par 100, sur panneau de bois et de ce même noir retenu « d’Ivoire » ni brillant ni terne, le noir de Pizzi Cannella.

Les images qu’a réalisées l’artiste pour l’exposition puisent dans le vaste registre de son iconographie et évoquent Rome et ses fêtes nocturnes, les robes des Belles, les lustres au plafond des palais, les éventails, les salamandres qui courent sur la pierre, les chaises luisant après la pluie, les cathédrales d’Orient et leurs dômes imaginaires.

 

Piero Pizzi Cannella, "Ballo D'oriente", 2014, techniques mixtes sur panneau, 142 x 102cm

Piero Pizzi Cannella, “Ballo D’oriente”, 2014, techniques mixtes sur panneau, 142 x 102cm

Lance Letscher

March 22, 2014

Communiqué de presse

Exposition du 22 mars au 12 mai 2014

-catalogue disponible-

La galerie Vidal–Saint Phalle est heureuse de présenter la quatrième exposition de Lance Letscher en France.

Lance Letscher est né en 1962 aux Etats-Unis.

Il vit et travaille à Austin, Texas.

Son travail a été exposé dans de nombreuses galeries aux Etats-Unis (principalement à New York, à la galerie Howard Scott, à San Francisco à la galerie Steven Wolf, à Los Angeles à la galerie Richard/Bennett, à Austin à la galerie David Berman, à Houston à la galerie Mc Murtrey, à Dallas à la galerie Conduit), et en Europe (en Suisse à la galerie Peter Vann, à Barcelone et Madrid à la galerie Miguel Alzueta, à Bruxelles à la galerie Pascal Polar).

L’œuvre de Lance Letscher est représentée dans de nombreuses collections publiques, principalement dans celles des musées des Beaux Arts d’Houston, d’Austin, de San Antonio, du Museum of Southeast,Texas,  duTyler museum,Texas.

En 2009, l’Université du Texas a consacré à Lance Letscher une importante monographie.

Le travail de Lance Letscher est un travail de collage.

Letscher aime à « chiner » le matériel qu’il utilise : vieux catalogues, revues un peu défraîchies, magazines ou livres usagés, cahiers d’enfants jaunis par le temps, éditions scientifiques périmées… « Tout ce qui est jeté » dit-il lui-même « possède les qualités qui m’attirent le plus, l’usure, la saleté de la longue utilisation, la manipulation, les marques et les griffonnages. »

Il procède ensuite au découpage des documents qu’il a ainsi réunis, ne laissant ce soin à personne d’autre, comme un peintre qui préparerait lui-même ses couleurs.

Excepté que ce travail (de découpe) est minutieux, fastidieux, compte tenu à la fois du nombre d’éléments retenus pour chaque collage et du fait que Letscher ne se contente pas de découper le contour des formes -extrêmement variées-  qui retiennent son attention mais parties ou détails d’entre elles, aussi bien que leurs vides, leurs espaces intérieurs, souvent avec une précision extrême, chaque coup de ciseau ou de cutter étant en soi une décision esthétique.

C’est quand il a accumulé suffisamment de matériaux, que Letscher peut composer ses collages :

Les différents éléments préalablement découpés sont assemblés sur un fond rigide (contreplaqué ou medium), arrangées, réarrangées dans un enchevêtrement complexe, foisonnant. Finalement, elles y sont collées avec une presse si puissante que l’image paraît incrustée dans ce fond, et que sur cette première couche l’artiste peut choisir d’en disposer une deuxième, une troisième…

Dans la préface du catalogue de l’exposition Laurent Boudier écrit :

Longtemps, Lance Letscher a réalisé de grandes compositions aux formes rythmiques, abstraites, offrant au regard un réseau intense de lignes ou de bandes colorées qui multipliaient les jeux ométriques. Ses marqueteries graphiques et colorées rappelaient aussi bien certaines œuvres du Constructivisme que les motifs agencés du patchwork, ou du quilt, aux EtatsUnis, pratiqué, à l’origine, sur la récupération de chutes de tissus par les esclaves noirs. Puis peu à peu, à partir de 2011, certaines œuvres ont laissé percevoir des découpages de petites maisons, dobjets, associés souvent à des lettres ou des mots, qui intriguaient la compréhension, samusaient du trouble de la lecture, images détournées, charades visuelles, cartes et diagrammes, en mosaïques étales. « Dans ce cas, souligne l’artiste, la figure sert de trame, elle permet de représenter certains souvenirs, des personnes ou des événements extérieurs susceptibles de trouver un écho avec le paysage mental de celui qui regarde l’œuvre. Cest une voie nouvelle et cela me permet de construire une structure narrative beaucoup plus complexe à travers les forces et les interactions des différents éléments de chaque collage. »

Nocturne de Drawing Now le vendredi 28/03/14 en présence de Thomas Müller.

March 07, 2014

Drawing Now, le salon du dessin contemporain qui se tient au Carreau du Temple, organise une nocturne le vendredi 28 mars jusqu’à 22h (« Drawing Night »).
Thomas Müller dont nous exposerons les œuvres récentes, sera présent à cette occasion et nous serions heureux que vous puissiez le rencontrer.

Cordialement,

Galerie Vidal-Saint Phalle (Stand D11)

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Olav Christopher Jenssen, expositions publiques prévues au printemps 2014.

Le 15 mars 2014 : Donasjonen, au Nordnorsk Kunstmuseum de Tromsø.
Sjøgata 1, 9008, Tromsø

Le 26 mars 2014 : Hospital, Hôpital West-End de Berlin.
Spandauer Damm 130, 14050 Berlin

Le 16 avril 2014 : Taking a Line for a Walk (exposition de groupe), Centre Paul Klee.

Monument im Fruchtland 3, 3006 Bern